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Résister et construire

samedi 15 janvier 2005, par le SMG

Première table ronde Santé et Travail : « Repérer et Prévenir plutôt que Réparer »

Marc Andéol, pour l’Association pour la Prise en Charge des Maladies Eliminables, a présenté un logiciel informatique, dont le but est de constituer une mémoire cumulative, une galerie de cas. Cet outil permet aux professionnels de santé d’un bassin de vie, de mieux repérer et prévenir par la consultation de cas similaires répertoriés.

Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’université de Paris XIII, cherche à fédérer des initiatives contre les toxiques comme l’amiante, en diffusant les informations via Internet, expliquant le rôle des pays (Brésil, Canada, France) dans le prolongement de son utilisation (multinationale Saint-Gobain). L’absence de visibilité des cancers professionnels repose sur la difficulté à identifier les toxiques, à travers l’analyse des parcours professionnels. Cela est encore plus vrai pour les entreprises de sous-traitance : à EDF, 80 % de l’exposition au rayonnement repose sur des entreprises sous-traitantes, souvent non contrôlées par la médecine du travail. De plus, 40 % des travailleurs touchés par les maladies professionnelles sont immigrés et plus encore sont sous-déclarés.

Corinne Provost, du collectif Égalité-Mixité CGT Nantes, souligne les inégalités de salaire homme femme, les violences, les harcèlements sexuels...

Annie Touranchet, médecin inspecteur du travail, et Dominique Huez, médecin du travail, nous encouragent à remplir des déclarations détaillées de maladies professionnelles (obligation du médecin : article L. 461-6 du Code de Sécurité sociale), même celles ne figurant pas dans le tableau des maladies professionnelles, car elles permettent une réouverture à l’action collective. Les tests de toxicité doivent être faits par les employeurs, mais sur plus de 100 000 molécules, seulement 140 sont testés. L’industrie américaine freine et s’oppose au projet de directive (programme REACH) pour ces tests.

Seconde table ronde autour du Dossier Médical Personnel (DMP)

Pierre Suesser, du collectif DELIS, nous décrit leur réflexion autour de cet outil de travail, objet de standardisation, qui, en niant ce qui se déroule au cours de la démarche de soins, aboutit à un chaînage des pathologies, en quelque sorte un « casier sanitaire ». L’état défavorable du rapport de forces conduit DELIS à proposer des amendements modestes, mais d’une importance majeure :
- L’identifiant : un chiffrement irréversible et strictement dédié au dossier doit être fait à partir du numéro de Sécurité sociale.
- Le dispositif de sécurisation pour avoir accès au dossier doit comprendre la carte du professionnel et un code personnel.
- L’accès doit être différencié en fonction de la nature des professionnels concernés.
- Le droit pour le patient, d’accepter ou non l’inscription d’une information, ainsi que le droit à l’« oubli » d’une information, doit exister.
- Les hébergeurs doivent avoir une délégation de service public sans aucun lien aux employeurs ou à la Sécurité sociale.
- Il faut supprimer le déremboursement lié à la non présentation du dossier.

Gilles Hebbrecht de la SFMG (Société Française de Médecine Générale) nous apporte un éclairage technique. Les hébergeurs ne peuvent être que des poids lourds (Oracle, Noos) : ce qui pose la question de leur indépendance. Pour ce qui est des coûts et des délais, installer un pareil système en trois ans paraît délirant : en Angleterre, ils ont prévu dix milliards de livres sur dix ans, dont 1/3 pour la rémunération des médecins ; en France, on escompte 3,5 milliards d’économies pour probablement 3 à 4 fois plus de dépenses. Le volume, la hiérarchisation, le tri des documents, demandent un travail considérable. Se pose aussi le problème du secret professionnel qui devient simple « confidentialité » : le DMP ne semble pas pouvoir être le dossier du médecin, faudra-t-il qu’il fasse deux dossiers ?

Didier Ménard du SMG constate qu’il existe un consensus autour du DMP en France chez les assurés, les pouvoirs politiques, cet outil informatique étant présenté comme un élément de bon sens. Pourtant, l’outil doit être au service du projet et non l’inverse. Le vrai débat porte sur la coordination, la qualité des soins qui nécessitent une transformation du système de santé. Mais pour l’instant, on espère des économies par l’incitation à la renonciation aux soins.

Le débat et la réflexion de tous permettent de tracer des pistes d’action pour le Syndicat de la Médecine Générale pour l’année à venir : un Appel en direction des soignants sur la défense du système solidaire en acteurs de santé publique que nous sommes et l’Observatoire des inégalités de santé liées à la réforme, outil à utiliser pour une bataille politique. Il faut alimenter notre discours par des faits précis mettant à l’évidence la violence de la culpabilisation des personnes malades, victimes et non coupables.

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Résister et construire

samedi 15 janvier 2005, par le SMG.
Mis à jour le mercredi 19 mars 2008

Première table ronde Santé et Travail : « Repérer et Prévenir plutôt que Réparer »

Marc Andéol, pour l’Association pour la Prise en Charge des Maladies Eliminables, a présenté un logiciel informatique, dont le but est de constituer une mémoire cumulative, une galerie de cas. Cet outil permet aux professionnels de santé d’un bassin de vie, de mieux repérer et prévenir par la consultation de cas similaires répertoriés.

Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’université de Paris XIII, cherche à fédérer des initiatives contre les toxiques comme l’amiante, en diffusant les informations via Internet, expliquant le rôle des pays (Brésil, Canada, France) dans le prolongement de son utilisation (multinationale Saint-Gobain). L’absence de visibilité des cancers professionnels repose sur la difficulté à identifier les toxiques, à travers l’analyse des parcours professionnels. Cela est encore plus vrai pour les entreprises de sous-traitance : à EDF, 80 % de l’exposition au rayonnement repose sur des entreprises sous-traitantes, souvent non contrôlées par la médecine du travail. De plus, 40 % des travailleurs touchés par les maladies professionnelles sont immigrés et plus encore sont sous-déclarés.

Corinne Provost, du collectif Égalité-Mixité CGT Nantes, souligne les inégalités de salaire homme femme, les violences, les harcèlements sexuels...

Annie Touranchet, médecin inspecteur du travail, et Dominique Huez, médecin du travail, nous encouragent à remplir des déclarations détaillées de maladies professionnelles (obligation du médecin : article L. 461-6 du Code de Sécurité sociale), même celles ne figurant pas dans le tableau des maladies professionnelles, car elles permettent une réouverture à l’action collective. Les tests de toxicité doivent être faits par les employeurs, mais sur plus de 100 000 molécules, seulement 140 sont testés. L’industrie américaine freine et s’oppose au projet de directive (programme REACH) pour ces tests.

Seconde table ronde autour du Dossier Médical Personnel (DMP)

Pierre Suesser, du collectif DELIS, nous décrit leur réflexion autour de cet outil de travail, objet de standardisation, qui, en niant ce qui se déroule au cours de la démarche de soins, aboutit à un chaînage des pathologies, en quelque sorte un « casier sanitaire ». L’état défavorable du rapport de forces conduit DELIS à proposer des amendements modestes, mais d’une importance majeure :
- L’identifiant : un chiffrement irréversible et strictement dédié au dossier doit être fait à partir du numéro de Sécurité sociale.
- Le dispositif de sécurisation pour avoir accès au dossier doit comprendre la carte du professionnel et un code personnel.
- L’accès doit être différencié en fonction de la nature des professionnels concernés.
- Le droit pour le patient, d’accepter ou non l’inscription d’une information, ainsi que le droit à l’« oubli » d’une information, doit exister.
- Les hébergeurs doivent avoir une délégation de service public sans aucun lien aux employeurs ou à la Sécurité sociale.
- Il faut supprimer le déremboursement lié à la non présentation du dossier.

Gilles Hebbrecht de la SFMG (Société Française de Médecine Générale) nous apporte un éclairage technique. Les hébergeurs ne peuvent être que des poids lourds (Oracle, Noos) : ce qui pose la question de leur indépendance. Pour ce qui est des coûts et des délais, installer un pareil système en trois ans paraît délirant : en Angleterre, ils ont prévu dix milliards de livres sur dix ans, dont 1/3 pour la rémunération des médecins ; en France, on escompte 3,5 milliards d’économies pour probablement 3 à 4 fois plus de dépenses. Le volume, la hiérarchisation, le tri des documents, demandent un travail considérable. Se pose aussi le problème du secret professionnel qui devient simple « confidentialité » : le DMP ne semble pas pouvoir être le dossier du médecin, faudra-t-il qu’il fasse deux dossiers ?

Didier Ménard du SMG constate qu’il existe un consensus autour du DMP en France chez les assurés, les pouvoirs politiques, cet outil informatique étant présenté comme un élément de bon sens. Pourtant, l’outil doit être au service du projet et non l’inverse. Le vrai débat porte sur la coordination, la qualité des soins qui nécessitent une transformation du système de santé. Mais pour l’instant, on espère des économies par l’incitation à la renonciation aux soins.

Le débat et la réflexion de tous permettent de tracer des pistes d’action pour le Syndicat de la Médecine Générale pour l’année à venir : un Appel en direction des soignants sur la défense du système solidaire en acteurs de santé publique que nous sommes et l’Observatoire des inégalités de santé liées à la réforme, outil à utiliser pour une bataille politique. Il faut alimenter notre discours par des faits précis mettant à l’évidence la violence de la culpabilisation des personnes malades, victimes et non coupables.

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