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Lettre ouverte au président du syndicat des médecins conseil de l’Assurance maladie

mardi 25 avril 2006

Monsieur le président,

Il n’est pas coutume que nous nous parlions dans le cadre de nos activités syndicales. Cela est certainement regrettable, et il eut été préférable de combler cette lacune en une autre occasion que celle qui me conduit à vous écrire.

La situation devient intenable.

Nous n’occupons pas la même place et ne jouons pas le même rôle sur l’itinéraire d’une personne malade. Ceci est une évidence qui permet de justifier la légitimité de nos activités professionnelles respectives. Si vos missions sont différentes des nôtres, elles ont en commun de permettre à chacun de nos concitoyens de bénéficier des prestations offertes par l’Assurance maladie solidaire, prestations qui leurs sont acquises par leurs cotisations salariales. Nous sommes profondément attachés à défendre cette indispensable institution garante de la solidarité nationale, socle de notre cohésion sociale.

Nous savons qu’il existe une ambiguïté originelle dans l’accomplissement de votre travail, à savoir quel choix faire quand la défense de l’institution met en péril les droits des malades.

Aujourd’hui l’Assurance maladie est en danger, non pas comme veut le faire croire le gouvernement et sa majorité à cause du déficit qui est pour l’essentiel construit sur des choix économiques, mais par le transfert de ses responsabilités vers le secteur marchand de l’assurance complémentaire.

Pour masquer la réalité de cette mise en péril de l’Assurance maladie, le gouvernement a inventé une réforme qui tend à faire croire qu’il veut sauver l’Assurance maladie. Cette réforme a fabriqué une convention médicale qui, sous couvert de redonner à la médecine générale toute sa place, ne fait en réalité que précipiter la fin de celle-ci puisque les jeunes générations se détournent de cet exercice professionnel.

La mise en œuvre du parcours coordonné voulu pour mieux organiser l’offre de soins ne permet en rien de coordonner les soins entre la médecine générale et la médecine spécialisée, puisque qu’elle ne fait que creuser le fossé entre ces deux composantes en subordonnant l’action de l’un à l’autre par la fameuse lettre qui évite d’être pénalisé dans le remboursement des frais médicaux. La coordination des soins ne se résout pas en imposant une filière de soins inégalitaire mais en construisant des pratiques professionnelles où les compétences de chacun sont reconnues, et valorisées par une collaboration qui ne saurait être hiérarchisée par un différentiel de revenus. Quant à la qualité des soins supposée être elle aussi améliorée par la réforme de l’Assurance maladie, faudrait-il encore que l’on définisse ce qu’est la qualité des soins, autrement que par l’application mécanique de protocoles de soins standardisés en décalage avec la réalité.

Certains ont pu croire qu’en redonnant au médecin généraliste une place essentielle comme acteur de premier recours on revalorisait la médecine générale et on permettait de redonner de la cohérence à l’offre de soins primaires. Force est de constater qu’il n’en est rien, puisque le médecin traitant devient l’effecteur docile d’une machinerie dont la complexité d’utilisation est extrême. Celle-ci ne ferait masquer la pertinence supposée du parcours coordonné qui se dissout dans l’ineptie de son application. De plus, cette réforme fait disparaître les avancées préalablement élaborées pour améliorer la qualité et la coordination des soins que sont l’option référent et les réseaux de santé, preuve que ces considérations si fortement revendiquées pour justifier la réforme ne sont que des alibis.

C’est dans ce contexte de réorganisation de l’organisation de l’offre de soins que nous assistons à une transformation du rôle des médecins conseils, qui deviennent des médecins contrôleurs de l’exercice répressif. En effet, pour faire avaliser sa réforme, le gouvernement avait besoin d’une part de la signature de syndicats professionnels, ce qui fut fait en échange de la liberté tarifaire pour la médecine spécialisée, et d’autre part d’obtenir des médecins conseils leur participation à l’action coercitive. Pour cela, dans un premier temps, il fut organisé une campagne de communication voulant faire croire que les malades sont devenus irresponsables, utilisant les prestations de l’Assurance maladie de façon dispendieuses, abusives, trafiquant même les outils de gestions de l’Assurance maladie et profitant largement de l’arrêt de travail comme complément aux RTT. Cette mise en avant du bouc émissaire permettait ensuite de justifier cette politique de contrôle sanction, culpabilisant le malade d’être malade. Où sont les preuves qui valident ce discours de stigmatisation, où sont les enquêtes qui montrent que le nomadisme médical est important, où sont les escrocs qui trafiquent la carte vitale ? Nous savons tous que si des malades contournent la réglementation, c’est pour accéder aux soins dont ils sont exclus. La réforme de l’aide médicale d’état, la limitation d’accès à la couverture médicale universelle, l’impossible accès à l’assurance complémentaire devenue un luxe conduisent des malades à l’errance dans le système de soins. Est-ce pour les traquer que vous acceptez de changer de rôle ? Et ce n’est pas les très minoritaires fraudeurs qui doivent servir de prétexte pour justifier cette atteinte aux droits des malades.

Pour faire des économies, l’Assurance maladie choisit des thématiques dans une logique comptable, sans se soucier de la pertinence dans la logique de santé publique. On prescrit trop d’anxiolytiques alors haro sur les prescripteurs, mais jamais on s’interroge sur le mal-être de la population, sur la souffrance au travail, sur les conséquences de la précarité, si on trouve normal que cette souffrance s’exprime dans les cabinets médicaux des généralistes. On s’étonne que faute d’autre moyens, les généralistes fassent ce que par ailleurs on leur demande de faire, c’est-à-dire de la prescription de médicaments. On veut diminuer la prescription des anti-cholestérol que sont les médicaments à base de statines, certes, mais alors que fait-on pour lutter contre la « mal bouffe » génératrice de toutes ces maladies métaboliques ? Silence, ce n’est pas la question. Silence également sur les entreprises du médicament, leur matraquage publicitaire avant la sortie des molécules n’ayant pas fait leur preuve et qui seront retirées du marché quelques années après pour cause d’effets secondaires dangereux. Quel gâchis médical, quelles dépenses inutiles ! On pourchasse les médecins qui font des arrêts de travail. Qui a démontré que l’arrêt maladie n’est plus une thérapeutique de la souffrance ?
Mais on dépense déjà des millions pour construire un outil informatique qui sera inopérant, puisque l’outil doit être au service de la pratique professionnelle et non l’inverse, comme est conçu le dossier médical informatisé. Quant à agir en amont de la maladie par la prévention, autant évoquer l’arlésienne.

Les syndicats signataires de la convention se félicitent des économies réalisées, là encore il y a tromperie, les économies ne sont pas le fait de l’acceptation par les médecins des mesures imposées, elles sont réalisées sur le dos des malades qui ne peuvent plus avoir d’arrêt maladie, qui souffrent en silence de leur mal-être et qui s’enfonce chaque jour d’avantage dans la maladie métabolique. Quant aux malades atteints de pathologies graves et invalidantes, ils s’enlisent avec leurs médecins traitants dans la réforme du protocole de soins de l’ALD qui devient inapplicable, car dénaturée par cette volonté de tout codifier pour mieux contrôler.

Les médecins conseils sont-ils devenus les exécutants zélés de cette réforme qui stigmatisent les malades, qui contraint à faire le choix entre l’intérêt de l’institution et la réalité de la maladie de la personne ? Nous pensons que leur situation est inconfortable, voir éthiquement intenable. Alors que faire ? Déclarer la guerre entre la médecine générale et le service médical des caisses de l’Assurance maladie, ou ouvrir le débat et agir pour sauver les valeurs de l’Assurance maladie ?
Le débat syndical entre nos organisations n’existe pas, cette lettre ouverte n’est pas une accusation publique. Nous voulons sortir de la polémique pour montrer aux médecins, aux administrateurs des caisses primaires, aux personnels de l’administration que l’enjeu est suffisamment grave pour que nous puissions nous asseoir à la même table et construire enfin la véritable réforme de l’Assurance maladie qui permette à chacun d’accomplir pleinement sa mission et aux citoyens de ce pays d’accéder à des soins de qualité qui grandissent la meilleur santé possible.

Veuillez recevoir, Monsieur le président, mes respectueuses salutations syndicales.

Didier Ménard
Président du Syndicat de la Médecine Générale

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Lettre ouverte au président du syndicat des médecins conseil de l’Assurance maladie

mardi 25 avril 2006
Mis à jour le mercredi 19 mars 2008

Monsieur le président,

Il n’est pas coutume que nous nous parlions dans le cadre de nos activités syndicales. Cela est certainement regrettable, et il eut été préférable de combler cette lacune en une autre occasion que celle qui me conduit à vous écrire.

La situation devient intenable.

Nous n’occupons pas la même place et ne jouons pas le même rôle sur l’itinéraire d’une personne malade. Ceci est une évidence qui permet de justifier la légitimité de nos activités professionnelles respectives. Si vos missions sont différentes des nôtres, elles ont en commun de permettre à chacun de nos concitoyens de bénéficier des prestations offertes par l’Assurance maladie solidaire, prestations qui leurs sont acquises par leurs cotisations salariales. Nous sommes profondément attachés à défendre cette indispensable institution garante de la solidarité nationale, socle de notre cohésion sociale.

Nous savons qu’il existe une ambiguïté originelle dans l’accomplissement de votre travail, à savoir quel choix faire quand la défense de l’institution met en péril les droits des malades.

Aujourd’hui l’Assurance maladie est en danger, non pas comme veut le faire croire le gouvernement et sa majorité à cause du déficit qui est pour l’essentiel construit sur des choix économiques, mais par le transfert de ses responsabilités vers le secteur marchand de l’assurance complémentaire.

Pour masquer la réalité de cette mise en péril de l’Assurance maladie, le gouvernement a inventé une réforme qui tend à faire croire qu’il veut sauver l’Assurance maladie. Cette réforme a fabriqué une convention médicale qui, sous couvert de redonner à la médecine générale toute sa place, ne fait en réalité que précipiter la fin de celle-ci puisque les jeunes générations se détournent de cet exercice professionnel.

La mise en œuvre du parcours coordonné voulu pour mieux organiser l’offre de soins ne permet en rien de coordonner les soins entre la médecine générale et la médecine spécialisée, puisque qu’elle ne fait que creuser le fossé entre ces deux composantes en subordonnant l’action de l’un à l’autre par la fameuse lettre qui évite d’être pénalisé dans le remboursement des frais médicaux. La coordination des soins ne se résout pas en imposant une filière de soins inégalitaire mais en construisant des pratiques professionnelles où les compétences de chacun sont reconnues, et valorisées par une collaboration qui ne saurait être hiérarchisée par un différentiel de revenus. Quant à la qualité des soins supposée être elle aussi améliorée par la réforme de l’Assurance maladie, faudrait-il encore que l’on définisse ce qu’est la qualité des soins, autrement que par l’application mécanique de protocoles de soins standardisés en décalage avec la réalité.

Certains ont pu croire qu’en redonnant au médecin généraliste une place essentielle comme acteur de premier recours on revalorisait la médecine générale et on permettait de redonner de la cohérence à l’offre de soins primaires. Force est de constater qu’il n’en est rien, puisque le médecin traitant devient l’effecteur docile d’une machinerie dont la complexité d’utilisation est extrême. Celle-ci ne ferait masquer la pertinence supposée du parcours coordonné qui se dissout dans l’ineptie de son application. De plus, cette réforme fait disparaître les avancées préalablement élaborées pour améliorer la qualité et la coordination des soins que sont l’option référent et les réseaux de santé, preuve que ces considérations si fortement revendiquées pour justifier la réforme ne sont que des alibis.

C’est dans ce contexte de réorganisation de l’organisation de l’offre de soins que nous assistons à une transformation du rôle des médecins conseils, qui deviennent des médecins contrôleurs de l’exercice répressif. En effet, pour faire avaliser sa réforme, le gouvernement avait besoin d’une part de la signature de syndicats professionnels, ce qui fut fait en échange de la liberté tarifaire pour la médecine spécialisée, et d’autre part d’obtenir des médecins conseils leur participation à l’action coercitive. Pour cela, dans un premier temps, il fut organisé une campagne de communication voulant faire croire que les malades sont devenus irresponsables, utilisant les prestations de l’Assurance maladie de façon dispendieuses, abusives, trafiquant même les outils de gestions de l’Assurance maladie et profitant largement de l’arrêt de travail comme complément aux RTT. Cette mise en avant du bouc émissaire permettait ensuite de justifier cette politique de contrôle sanction, culpabilisant le malade d’être malade. Où sont les preuves qui valident ce discours de stigmatisation, où sont les enquêtes qui montrent que le nomadisme médical est important, où sont les escrocs qui trafiquent la carte vitale ? Nous savons tous que si des malades contournent la réglementation, c’est pour accéder aux soins dont ils sont exclus. La réforme de l’aide médicale d’état, la limitation d’accès à la couverture médicale universelle, l’impossible accès à l’assurance complémentaire devenue un luxe conduisent des malades à l’errance dans le système de soins. Est-ce pour les traquer que vous acceptez de changer de rôle ? Et ce n’est pas les très minoritaires fraudeurs qui doivent servir de prétexte pour justifier cette atteinte aux droits des malades.

Pour faire des économies, l’Assurance maladie choisit des thématiques dans une logique comptable, sans se soucier de la pertinence dans la logique de santé publique. On prescrit trop d’anxiolytiques alors haro sur les prescripteurs, mais jamais on s’interroge sur le mal-être de la population, sur la souffrance au travail, sur les conséquences de la précarité, si on trouve normal que cette souffrance s’exprime dans les cabinets médicaux des généralistes. On s’étonne que faute d’autre moyens, les généralistes fassent ce que par ailleurs on leur demande de faire, c’est-à-dire de la prescription de médicaments. On veut diminuer la prescription des anti-cholestérol que sont les médicaments à base de statines, certes, mais alors que fait-on pour lutter contre la « mal bouffe » génératrice de toutes ces maladies métaboliques ? Silence, ce n’est pas la question. Silence également sur les entreprises du médicament, leur matraquage publicitaire avant la sortie des molécules n’ayant pas fait leur preuve et qui seront retirées du marché quelques années après pour cause d’effets secondaires dangereux. Quel gâchis médical, quelles dépenses inutiles ! On pourchasse les médecins qui font des arrêts de travail. Qui a démontré que l’arrêt maladie n’est plus une thérapeutique de la souffrance ?
Mais on dépense déjà des millions pour construire un outil informatique qui sera inopérant, puisque l’outil doit être au service de la pratique professionnelle et non l’inverse, comme est conçu le dossier médical informatisé. Quant à agir en amont de la maladie par la prévention, autant évoquer l’arlésienne.

Les syndicats signataires de la convention se félicitent des économies réalisées, là encore il y a tromperie, les économies ne sont pas le fait de l’acceptation par les médecins des mesures imposées, elles sont réalisées sur le dos des malades qui ne peuvent plus avoir d’arrêt maladie, qui souffrent en silence de leur mal-être et qui s’enfonce chaque jour d’avantage dans la maladie métabolique. Quant aux malades atteints de pathologies graves et invalidantes, ils s’enlisent avec leurs médecins traitants dans la réforme du protocole de soins de l’ALD qui devient inapplicable, car dénaturée par cette volonté de tout codifier pour mieux contrôler.

Les médecins conseils sont-ils devenus les exécutants zélés de cette réforme qui stigmatisent les malades, qui contraint à faire le choix entre l’intérêt de l’institution et la réalité de la maladie de la personne ? Nous pensons que leur situation est inconfortable, voir éthiquement intenable. Alors que faire ? Déclarer la guerre entre la médecine générale et le service médical des caisses de l’Assurance maladie, ou ouvrir le débat et agir pour sauver les valeurs de l’Assurance maladie ?
Le débat syndical entre nos organisations n’existe pas, cette lettre ouverte n’est pas une accusation publique. Nous voulons sortir de la polémique pour montrer aux médecins, aux administrateurs des caisses primaires, aux personnels de l’administration que l’enjeu est suffisamment grave pour que nous puissions nous asseoir à la même table et construire enfin la véritable réforme de l’Assurance maladie qui permette à chacun d’accomplir pleinement sa mission et aux citoyens de ce pays d’accéder à des soins de qualité qui grandissent la meilleur santé possible.

Veuillez recevoir, Monsieur le président, mes respectueuses salutations syndicales.

Didier Ménard
Président du Syndicat de la Médecine Générale

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