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Introduction au 36e congrès du SMG : La médecine générale est à la croisée des chemins

mercredi 19 janvier 2011, par SMG

Au-delà des enjeux de l’élection professionnelle aux Unions Régionales des Professions de Santé (URPS) de l’automne 2010, qui a vu la victoire de l’axe CSMF-SML, mais aussi, pour la première fois depuis la non reconnaissance de sa représentativité par le pouvoir socialiste en 1983, qui a vu le SMG mettre un pied dans les institutions en menant campagne avec MG France, pour tenter de battre ses adversaires historiques, au-delà donc de ce temps électoral, qui d’habitude n’est pas le nôtre, nous avons à nous poser plusieurs questions de fond lors de ce 36ème congrès.

Quelle place la société doit-elle accorder à la médecine générale et aux soins de premiers recours, après le vote de la loi Hôpital Patients Santé Territoires, la mise en place des Agences Régionales de Santé et l’éclatement de l’Assurance maladie, à la fois mise sous tutelle de l’Etat et gérée comme une entreprise ?

Face à l’axe CSMF-SML qui pèsera sur la future convention médicale et les contractualisations régionales avec les Agences régionales de santé via les URPS, une convention nationale spécifique à la médecine générale sera-t-elle possible et pourrons-nous, avec MG France et d’autres, peser sur le contenu de cette convention ?

La régionalisation de l’offre de soins et de santé ne risque-t-elle pas d’aggraver les inégalités de santé déjà existantes ?

Quelles propositions alternatives, en termes de changements de pratiques et de rémunérations, développer face aux défis de santé publique qui tiennent compte des inégalités de revenus des professionnels et des inégalités sociales de santé et d’accès aux soins ?

Quelle place accorder aux divers modes de rémunérations dans les futures négociations conventionnelles ? Faut-il y accorder une place au CAPI, nouvel avatar de la maîtrise médicalisée des dépenses d’Assurance maladie, quand on sait que, par exemple, dans les diverses mesures prises jusqu’alors, les économies les plus proches de la réalité sont, en 2008, de l’ordre de moins de 0,5% de l’Objectif National des Dépenses de l’Assurance Maladie (ONDAM), économies bien maigres ? (1)

Plus globalement, pouvons-nous définir et revendiquer un véritable statut de médecin ambulatoire de premier recours, permettant de contourner les décisions bureaucratiques de contractualisation régionale individuelle, formatant et normalisant les pratiques ?

Enfin, quel projet syndical et quelles alliances construire après le rapprochement du SMG et de MG France, mais aussi avec le mouvement social et les syndicats de salariés, afin de défendre l’accès de tous à des soins de qualité dans un système solidaire qui se lézarde de jour en jour, sous l’effet des mesures de désengagement constant de l’Assurance maladie dans le remboursement des soins, et qui jette les « bien portants » dans les bras des assurances privées de santé, en témoigne ce slogan publicitaire dévastateur de l’une d’entre elles, se répandant comme une traînée de poudre dans les médias : « Pourquoi payer comme des malades quand nous ne sommes pas malades ? » ?

L’objectif des autorités actuelles n’est-il pas celui-là : la prise du marché de l’Assurance maladie par les assurances privées, comme c’est le cas pour le régime des retraites, l’actualité sociale et politique de ces derniers mois ne pouvant nous démentir ? Le risque premier contre lequel nous devons résister n’est-il pas celui de la dépendance des patients et des professionnels du soin aux assureurs et aux intérêts privés en général ? De quels leviers avons-nous alors besoin pour nous en protéger ?

Tels sont donc les défis d’aujourd’hui et de demain. La médecine générale est bien à la croisée des chemins.

Nous aurons pour nous aider à réfléchir lors de ce congrès, la joie d’accueillir demain matin Frédéric Pierru, sociologue qui travaille sur les politiques de santé, membre de la revue Savoir/Agir, fondée par Pierre Bourdieu ; et aujourd’hui et demain Pierre Volovitch, économiste de santé, ancien chercheur à l’Institut de recherche économique et sociale (IRES).

Je terminerai en remerciant une nouvelle fois notre ami Serdu qui a gentiment accepté de nous faire partager son art au cours de nos débats, ainsi que les membres de notre syndicat sans lesquels il n’existerait pas : les secrétaires Lola Martel et Marie-Odile Herter, Jean Louis Gross, Lucien Farhi, aux compétences multiples, l’ensemble des membres de la CE ainsi que l’ensemble des adhérents à jour de leurs cotisations, il va sans dire.

Bons travaux et bon congrès à toutes et tous.

Patrick Dubreil, président

(1) En 2008, la direction de la Sécurité sociale du ministère chargé de la santé a évalué les économies liées aux mesures de maîtrise médicalisée de la convention avec les médecins libéraux à 255 millions d’euros seulement, pour un ONDAM « soins de ville » de 71 milliards d’euros. L’économie attendue était de 635 millions d’euros, soit 0 ,9% de l’ONDAM.
Selon le chiffre de la Sécu (255 millions), l’économie plus proche de la réalité a donc été de 0,36% cette année là.
Prescrire n° 325, novembre 2010

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Introduction au 36e congrès du SMG : La médecine générale est à la croisée des chemins

mercredi 19 janvier 2011, par SMG.
Mis à jour le jeudi 27 janvier 2011

Au-delà des enjeux de l’élection professionnelle aux Unions Régionales des Professions de Santé (URPS) de l’automne 2010, qui a vu la victoire de l’axe CSMF-SML, mais aussi, pour la première fois depuis la non reconnaissance de sa représentativité par le pouvoir socialiste en 1983, qui a vu le SMG mettre un pied dans les institutions en menant campagne avec MG France, pour tenter de battre ses adversaires historiques, au-delà donc de ce temps électoral, qui d’habitude n’est pas le nôtre, nous avons à nous poser plusieurs questions de fond lors de ce 36ème congrès.

Quelle place la société doit-elle accorder à la médecine générale et aux soins de premiers recours, après le vote de la loi Hôpital Patients Santé Territoires, la mise en place des Agences Régionales de Santé et l’éclatement de l’Assurance maladie, à la fois mise sous tutelle de l’Etat et gérée comme une entreprise ?

Face à l’axe CSMF-SML qui pèsera sur la future convention médicale et les contractualisations régionales avec les Agences régionales de santé via les URPS, une convention nationale spécifique à la médecine générale sera-t-elle possible et pourrons-nous, avec MG France et d’autres, peser sur le contenu de cette convention ?

La régionalisation de l’offre de soins et de santé ne risque-t-elle pas d’aggraver les inégalités de santé déjà existantes ?

Quelles propositions alternatives, en termes de changements de pratiques et de rémunérations, développer face aux défis de santé publique qui tiennent compte des inégalités de revenus des professionnels et des inégalités sociales de santé et d’accès aux soins ?

Quelle place accorder aux divers modes de rémunérations dans les futures négociations conventionnelles ? Faut-il y accorder une place au CAPI, nouvel avatar de la maîtrise médicalisée des dépenses d’Assurance maladie, quand on sait que, par exemple, dans les diverses mesures prises jusqu’alors, les économies les plus proches de la réalité sont, en 2008, de l’ordre de moins de 0,5% de l’Objectif National des Dépenses de l’Assurance Maladie (ONDAM), économies bien maigres ? (1)

Plus globalement, pouvons-nous définir et revendiquer un véritable statut de médecin ambulatoire de premier recours, permettant de contourner les décisions bureaucratiques de contractualisation régionale individuelle, formatant et normalisant les pratiques ?

Enfin, quel projet syndical et quelles alliances construire après le rapprochement du SMG et de MG France, mais aussi avec le mouvement social et les syndicats de salariés, afin de défendre l’accès de tous à des soins de qualité dans un système solidaire qui se lézarde de jour en jour, sous l’effet des mesures de désengagement constant de l’Assurance maladie dans le remboursement des soins, et qui jette les « bien portants » dans les bras des assurances privées de santé, en témoigne ce slogan publicitaire dévastateur de l’une d’entre elles, se répandant comme une traînée de poudre dans les médias : « Pourquoi payer comme des malades quand nous ne sommes pas malades ? » ?

L’objectif des autorités actuelles n’est-il pas celui-là : la prise du marché de l’Assurance maladie par les assurances privées, comme c’est le cas pour le régime des retraites, l’actualité sociale et politique de ces derniers mois ne pouvant nous démentir ? Le risque premier contre lequel nous devons résister n’est-il pas celui de la dépendance des patients et des professionnels du soin aux assureurs et aux intérêts privés en général ? De quels leviers avons-nous alors besoin pour nous en protéger ?

Tels sont donc les défis d’aujourd’hui et de demain. La médecine générale est bien à la croisée des chemins.

Nous aurons pour nous aider à réfléchir lors de ce congrès, la joie d’accueillir demain matin Frédéric Pierru, sociologue qui travaille sur les politiques de santé, membre de la revue Savoir/Agir, fondée par Pierre Bourdieu ; et aujourd’hui et demain Pierre Volovitch, économiste de santé, ancien chercheur à l’Institut de recherche économique et sociale (IRES).

Je terminerai en remerciant une nouvelle fois notre ami Serdu qui a gentiment accepté de nous faire partager son art au cours de nos débats, ainsi que les membres de notre syndicat sans lesquels il n’existerait pas : les secrétaires Lola Martel et Marie-Odile Herter, Jean Louis Gross, Lucien Farhi, aux compétences multiples, l’ensemble des membres de la CE ainsi que l’ensemble des adhérents à jour de leurs cotisations, il va sans dire.

Bons travaux et bon congrès à toutes et tous.

Patrick Dubreil, président

(1) En 2008, la direction de la Sécurité sociale du ministère chargé de la santé a évalué les économies liées aux mesures de maîtrise médicalisée de la convention avec les médecins libéraux à 255 millions d’euros seulement, pour un ONDAM « soins de ville » de 71 milliards d’euros. L’économie attendue était de 635 millions d’euros, soit 0 ,9% de l’ONDAM.
Selon le chiffre de la Sécu (255 millions), l’économie plus proche de la réalité a donc été de 0,36% cette année là.
Prescrire n° 325, novembre 2010

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