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Diviser pour mieux régner

vendredi 9 mars 2007, par SMG

Le SMG soutient le docteur Patrick Pelloux dans son procès intenté par des syndicalistes de la CSMF à l’ Ordre des Médecins. Ce soutien suscite des réactions parmi les médecins généralistes qui y voient une compromission. Cela est surprenant et mérite des explications. Nous soutenons Patrick Pelloux au nom de la liberté syndicale. Quand une juridiction d’exception s’arroge le droit de juger un syndicaliste sous prétexte que le contenu de son discours déplaît au camp adverse, c’est la démocratie que l’on attaque. De plus, nous ne reconnaissons pas le droit à cet Ordre professionnel de s’immiscer dans le débat syndical pour dire ce que l’on a le droit de dire ou de ne pas dire.

Mais plus grave est le fait que l’on reproche au docteur Pelloux d’avoir tenu des propos désobligeants contre la médecine de ville et notamment des généralistes face à la permanence des soins. Comme d’habitude dans ce genre de situation ceux qui s’offusquent le plus sont ceux qui ne sont pas visés par le propos. Oui, il y a partout en France des médecins généralistes qui prennent des gardes et qui dans l’exercice difficile qui est le leur assument la continuité des soins. Mais la profession n’est pas homogène et elle est traversée par des contradictions. Vouloir le masquer en s’offusquant des propos de Patrick Pelloux, c’est scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis. Il ne s’agit pas de demander à ceux qui font des gardes de justifier leur temps de travail, mais de reconnaître qu’il y a des endroits en France où il n’y a plus de gardes gérées par la médecine générale. Il ne faut pas tomber dans l’hypocrisie où l’on veut nous entraîner en faisant croire que tout est parfait dans l’exercice libéral et que tout dysfonctionne à l’hôpital. D’autant que si il n’y a plus de garde faite par la médecine générale dans certains secteurs et plus particulièrement en ville, c’est que la garde médicale a été l’enjeu d’une confrontation mercantile. Elle est devenue un marché sur lequel des professionnels se sont investis. Des sociétés d’urgentistes ont développé ce secteur et de fait en ont exclus les médecins généralistes et il faut bien le reconnaître que dans maints endroits ceux ci ne se sont pas battus « bec et ongles » pour défendre la garde libérale. Le problème est venu que dans des situations de crise sanitaire, ces sociétés n’ont pas pu faire face. Dire que la conséquence met en difficulté les services d’urgence est une évidence, le nier est absurde et ne sert pas la médecine générale.

Il faut éviter de se sentir agressé dès lors que l’on exprime un dysfonctionnement au sein de l’offre de soins de premier recours, même si cela est dit par un médecin hospitalier. Il est temps de comprendre que nous n’avons rien à gagner de cette opposition entre la ville et l’hôpital. Cela affaiblit la médecine de ville et renforce la désaffection de la médecine générale. Nous ne pourrons pas sauver la médecine générale en l’opposant à la médecine hospitalière. Bien au contraire notre avenir est dans la construction d’un grand service public de l’offre de soin où chacun à sa place dans la complémentarité des métiers et non dans leur opposition.

Didier Ménard

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Diviser pour mieux régner

vendredi 9 mars 2007, par SMG.
Mis à jour le dimanche 20 janvier 2008

Le SMG soutient le docteur Patrick Pelloux dans son procès intenté par des syndicalistes de la CSMF à l’ Ordre des Médecins. Ce soutien suscite des réactions parmi les médecins généralistes qui y voient une compromission. Cela est surprenant et mérite des explications. Nous soutenons Patrick Pelloux au nom de la liberté syndicale. Quand une juridiction d’exception s’arroge le droit de juger un syndicaliste sous prétexte que le contenu de son discours déplaît au camp adverse, c’est la démocratie que l’on attaque. De plus, nous ne reconnaissons pas le droit à cet Ordre professionnel de s’immiscer dans le débat syndical pour dire ce que l’on a le droit de dire ou de ne pas dire.

Mais plus grave est le fait que l’on reproche au docteur Pelloux d’avoir tenu des propos désobligeants contre la médecine de ville et notamment des généralistes face à la permanence des soins. Comme d’habitude dans ce genre de situation ceux qui s’offusquent le plus sont ceux qui ne sont pas visés par le propos. Oui, il y a partout en France des médecins généralistes qui prennent des gardes et qui dans l’exercice difficile qui est le leur assument la continuité des soins. Mais la profession n’est pas homogène et elle est traversée par des contradictions. Vouloir le masquer en s’offusquant des propos de Patrick Pelloux, c’est scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis. Il ne s’agit pas de demander à ceux qui font des gardes de justifier leur temps de travail, mais de reconnaître qu’il y a des endroits en France où il n’y a plus de gardes gérées par la médecine générale. Il ne faut pas tomber dans l’hypocrisie où l’on veut nous entraîner en faisant croire que tout est parfait dans l’exercice libéral et que tout dysfonctionne à l’hôpital. D’autant que si il n’y a plus de garde faite par la médecine générale dans certains secteurs et plus particulièrement en ville, c’est que la garde médicale a été l’enjeu d’une confrontation mercantile. Elle est devenue un marché sur lequel des professionnels se sont investis. Des sociétés d’urgentistes ont développé ce secteur et de fait en ont exclus les médecins généralistes et il faut bien le reconnaître que dans maints endroits ceux ci ne se sont pas battus « bec et ongles » pour défendre la garde libérale. Le problème est venu que dans des situations de crise sanitaire, ces sociétés n’ont pas pu faire face. Dire que la conséquence met en difficulté les services d’urgence est une évidence, le nier est absurde et ne sert pas la médecine générale.

Il faut éviter de se sentir agressé dès lors que l’on exprime un dysfonctionnement au sein de l’offre de soins de premier recours, même si cela est dit par un médecin hospitalier. Il est temps de comprendre que nous n’avons rien à gagner de cette opposition entre la ville et l’hôpital. Cela affaiblit la médecine de ville et renforce la désaffection de la médecine générale. Nous ne pourrons pas sauver la médecine générale en l’opposant à la médecine hospitalière. Bien au contraire notre avenir est dans la construction d’un grand service public de l’offre de soin où chacun à sa place dans la complémentarité des métiers et non dans leur opposition.

Didier Ménard

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